À l’image de son époque, la programmation de ces 16e Nuits du festival s‘émancipe des étiquettes, décloisonne les genres, et cherche à nourrir une curiosité insatiable. Décomplexées, libérées, nos Nuits adolescentes continuent leur quête d’identité en interrogeant l’Histoire, en remettant en question leurs pairs et en explorant sans relâche de nouvelles frontières géographiques et culturelles.
En 2018, la majorité du public et des acteurs qui font vivre nos Nuits ne sont plus des “témoins” de l’avènement d’une club culture, mais des “héritiers” de celle-ci. Là où les pionniers du genre avaient soif de révolution et se tournaient furieusement vers le futur sans adresser un seul regard en arrière, cette nouvelle génération électronique manifeste aujourd’hui la nécessité de rouvrir un dialogue avec son histoire, de se tourner vers son passé pour mieux construire son futur.
Ce travail d’archives, que l’on pourrait craindre fade et défraîchi, dépoussière des esthétiques et des genres musicaux délaissés et souffle un vent de fraîcheur inattendu mais nécessaire sur les musiques de danse. De la house sud-africaine remise au goût du jour par Antal et Hunee, aux rythmes saccadés de l’EBM avec Not Waving, le rock psychédélique de Raime ou les sonorités pop affectionnées par Rone et Agents of Time, les musiques électroniques actuelles pourraient paraître nostalgiques, mais se révèlent plus créatives que jamais.
C’est aussi l’effervescence de la scène musicale de l‘hémisphère Sud qui, cette année encore, reste au cœur de cette programmation des Nuits. L‘internationalisation des échanges facilités par le World Wide Web et l’accès à des technologies low-cost posaient, il y a quelques années encore, la question d’une vaste uniformisation culturelle. La révolution musicale globale qui s‘opère sous nos yeux nous conforte au contraire dans l’idée que nos interactions Nord-Sud nourrissent aujourd’hui la créativité, diversifient les techniques et les approches pour enrichir les propos artistiques actuels.
Ainsi le gqom de Dj Lag, une house sombre et percussive venue d’Afrique du Sud, côtoiera la punk congolaise de Tshegue. Le live de cumbia-digitale de Chancha Via Circuito partagera la scène avec l’afro-disco 2.0 des Lyonnais de Voilààà Soundsystem. Et Young Wolf, side-project du producteur Young Marco et Wolf Muller, interrogera les parallèles entre les musiques de transe organiques et rituelles du passé et la club culture actuelle à travers leur techno hypnotique nourrie de grooves ethniques.
Dernier parti pris de ces Nuits, nous laisserons cette année encore une place de choix aux nouvelles voix hip-hop et aux producteurs qui réinventent cette culture majeure. Dans la continuité de la scène grime anglaise dont la forte présence sur nos Nuits 2017 avait surpris le public, nous nous tournerons cette année vers un rap gourmand qui porte des valeurs hédonistes. Ainsi, High et Fines Herbes, le projet spécial de Caballero, JeanJass et de leur fratrie belge, envahira la scène de Nuits sonores pour un show exclusif en France.
S’il fallait trouver un dénominateur commun dans les réflexions qui nous ont poussés à écrire cette programmation 2018, ce serait sûrement la recherche de singularité et d’expériences inédites.

